[Interview] Jordan Rudess

A l’occasion de la sortie de Wired for Madness, Your Majesty s’est entretenu avec Jordan Rudess. L’occasion d’en savoir plus sur cet album solo si prometteur. Un grand merci à Jordan pour ces 30 minutes d’interview dans une ambiance détendue et un grand merci à Danielle Rudess pour avoir pu rendre cela possible. N’oubliez pas de lire la chronique du nouvel album.

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Cela fait 15 ans que tu as sorti Rhythm of Time, ton dernier vrai album solo rock, pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Le dernier album solo rock que j’ai fait c’était The Road Home, certes il était composé des reprises mais c’était un projet similaire : un album très intense où je me devais me plonger dans mes synthés et créer plein de couches et d’orchestration. Bref, mais ça faisait longtemps que j’avais envie de le faire et ça m’a pris du temps, bien plus que lorsque je créé un album de piano. Je cherchais la bonne période pour pouvoir le faire et j’ai réussi à trouver un créneau quand nous avons fini la tournée Images, Words and Beyond et avant d’aller en studio. C’est pour ça que ça a pris du temps. Mais je suis content de l’avoir fait, je suis fier et c’est un album très important car c’est important pour moi de m’exprimer et de pouvoir sortir toutes ces idées. Les gens me connaissent à travers la musique de Dream Theater et avec mes albums de piano mais c’est important pour moi qu’ils connaissent cette facette de ma personnalité. Et puis c’est vraiment fun de sortir ces morceaux et de surprendre les gens. Certains connaissent ma discographie mais d’autres se diront « oh mon dieu, Jordan sait chanter » ou « oh mon dieu, d’où sort cette musique si prog ». Ils auront peut-être une révélation du genre « tiens je ne savais pas qu’il pouvait écrire des trucs aussi prog ». Les gens ne se rendent peut-être pas compte de mon implication dans Dream Theater donc c’est un bon moyen de me mettre en avant.

Certains fans ont remarqué que lorsque tu avais sorti Rhythm of Time, c’était à l’époque de Train of Thought, l’un des albums les plus heavy de Dream Theater. Et c’est la même chose pour Wired for Madness qui sort en même temps de Distance over Time, l’un des plus heavy également, y a-t-il un parallèle entre la composition d’un album de Dream Theater plus intense et la volonté de faire de ton côté un album plus progressif ?

J’ai commencé à composer Wired for Madness bien avant qu’on compose Distance over Time mais j’adore le fait que les fans voient des connexions et j’aimerai bien leur donner raison. Pour être honnête, j’aurai voulu sortir mon album solo avant Distance over Time car il était prêt mais les labels Inside Out, Sony et Mascot pensaient que ce serait mieux de le sortir après et franchement ils ont eu raison.

As-tu utilisé des idées qui avaient été développées avec Dream Theater mais laissées de côté ou est-ce que l’album a été composé à partir de choses totalement nouvelles?

Ce sont des projets totalement séparés. J’ai utilisé toute ma force créatrice pour ce projet solo donc aucune idée laissée de côté par le groupe n’a servi. C’est totalement différent de composer pour un album solo et un album de Dream Theater : il y a plein de choses que je créé dans ma tête et que je sais qu’elles ne seront pas bonnes pour Dream Theater.

Qu’est ce qui te fait dire, à un moment de ta vie : « tiens je vais faire un album électro, un album de piano ou un album rock ». Est-ce que ça vient de ce que qu’il se passe dans ta vie ou est-ce que ça te vient comme ça?

C’est influencé par ce qu’il se passe dans ma vie : pour Intersonic, j’ai cette amitié profonde avec Steve Horelick et ça s’est fait comme ça.  J’ai adoré faire cet album avec lui, d’ailleurs j’aimerais bien en faire un autre. Sinon ça dépend énormément du temps que j’ai devant moi et de l’énergie que j’ai. Ca dépend aussi de ce que je veux exprimer. C’est clair que je pourrais faire des albums de piano toute ma vie mais parfois je me dis : « ok ça suffit, les gens en ont assez des albums de piano » et je dois équilibrer ma discographie en exprimant une autre partie de moi. Certes j’aurais pu faire un autre album de piano et il aurait été pas mal mais j’ai essayé ça de penser à ma carrière. Pour résumer il faut que je prenne en compte ma carrière, mes disponibilités et ce qui se passe dans ma vie. Ce qui a énormément facilité la création de Wired for Madness, c’est que j’ai trouvé un label qui me soutenait et qui travaillait avec moi. Pour faire un album aussi fort, je voulais être sûr qu’il allait être bien soutenu par un label. Si on se rappelle de la dernière fois où j’ai fait ce genre d’albums, c’était avec le label Magna Carta, un label qui a bien arnaqué tout le monde, même moi. Pas mal de musiciens se sont fait avoir par ce label donc refaire ce genre d’albums était un peu difficile pour moi. Je pense qu’il est plus facile de sortir un album de piano de façon indépendante mais pour un projet comme Wired for Madness, il me fallait un label et je suis vraiment content car ils sont vraiment bien.

Concernant les guests : qui est la chanteuse qui intervient dans Wired for Madness pt 2 ?

Marjana Semkina est la chanteuse du groupe Iamthemorning. Sa voix est merveilleuse. Elle et moi on est devenu amis et j’avais besoin d’un ange dans l’histoire.

Qui s’occupe de la partie basse ? Toi ou quelqu’un d’autre car on a bien vu que sur certains projets comme le Rudess Morgenstein Project, tu t’occupais de cette partie avec ta main gauche?

C’est une très bonne question : pas mal de lignes de basse sont jouées par Alek Darson du groupe Special Providence. Il a un rôle très important dans l’album : il s’occupe de la guitare rythmique et de la basse et il m’a même aidé pour l’arrangement de la partie cuivre des morceaux de blues. Sinon, sur un morceau, c’est Jonas Reingold du groupe Spock’s Beard qui joue de la basse. J’adore jouer les parties de basse, comme dans le Rudess Morgenstein Project effectivement, et j’ai tous les sons disponibles dans mon répertoire pour pouvoir le faire mais parfois c’est vraiment sympa d’avoir un vrai son de basse.

Comment décides-tu des guests, qui va jouer telle partie? Du genre Marco va jouer ça, Rod va jouer ça…

En fait, il s’agit de trouver la bonne personne : par exemple quand j’ai composé le titre éponyme qui dure 33 minutes et en particulier la deuxième partie qui dure 22 minutes, j’ai tout de suite pensé à Marco. Tous les deux, on a une belle amitié musicale, on a beaucoup travaillé ensemble. J’ai pensé directement à lui car « il bouffe des mesures asymétriques au ptit dèj » donc je me suis dit que ça lui conviendrait bien. Je lui ai envoyé le morceau et trois jours plus tard, il l’avait déjà fini.

Pour la première partie, je voulais que ce soit Rod qui s’en occupe : on a un lien tellement fort, il a joué sur énormément de mes albums et quand il joue, il le fait parfaitement. Je ne voulais pas lui donner le morceau de 22 minutes car je me suis dit qu’il était déjà bien occupé avec d’autres morceaux comme « Off the Ground », « Just Can’t Win » et « Just for Today » donc je voulais le ménager.

J’ai aussi demandé à Vinnie Moore avec qui je collabore depuis longtemps, depuis son album Time Odyssey.

Il y a aussi Guthrie Govan qui est un de mes guitaristes préférés et qui apparaît sur ce morceau qui comporte plein de changements d’accords et donc je me suis dit que ça serait cool qu’il apparaisse. Il m’a fait un solo génial mais le plus drôle c’est que la première fois que j’ai entendu ce qu’il avait composé, c’était sans les accords du morceau. J’avais juste écouté le fichier .wav qu’il m’avait envoyé avec le solo seulement et je me suis dit : « tiens ça sonne bizarre » mais quand je l’ai entendu avec les accords, je me suis dit que c’était génial.

Sinon il y a aussi la famille Page avec qui nous sommes amis depuis très longtemps : on a vu grandir leurs deux garçons Josh et Zack alors quand il a fallu trouver des choristes, je me suis tourné vers ces deux enfants qui sont de bons chanteurs et ils ont fait un super taff.

Il y a aussi Elijah Wood qui joue de la batterie sur les deux autres morceaux. C’est la fille de Mark Wood qui joue du violon électrique, on l’a déjà vue dans mon projet OrKeystra, un groupe monté pour des conventions, basé sur des synthés.

Il y a aussi un vrai ensemble de cuivres. Joe Bonamassa joue de la guitare sur un morceau de blues et il a aussi fait un super taff. E

Enfin j’ai également invité John Petrucci et James LaBrie car je voulais absolument qu’ils interviennent. C’est un album solo très important pour moi donc je voulais que mes « potos » y apparaissent. James intervient à la fin du morceau éponyme lors d’un passage très important qui termine le titre et qui est très orchestral et vaste. John fait des soli sur la partie 1. Je lui ai dit « vas y lâche toi » et il a pondu des trucs que seul lui peut faire.

Pourquoi avoir décidé de chanter sur cet album, ce que tu n’as fait que sur ton premier album « Listen »?

La la la laaaaaaaaaa (il se met à chanter en mode soprano) : parce que ma voix résonne bien, non? (rires). Pour Listen, j’ai eu des remarques mitigés et soyons honnête, je ne suis qu’un claviériste qui sait chanter mais pas un vrai chanteur. Ma voix est une octave plus basse que celle de James. Bref, ces chansons sont très personnelles et ça ne me gène pas de chanter : quand je joue quelque chose au piano, naturellement je le fais. Comme je suis un compositeur, je sais écrire des mélodies qui vont avec mon timbre. Donc pour cette fois ci je me suis dit : allez, je vais chanter sur cet album car j’aime ça et puis c’est mon album solo alors je peux faire ce que je veux. Mon ingé son, qui a travaillé avec moi sur pas mal de mes albums, a fait, je pense, du bon boulot et a bien capturé les aspects plaisants de mon timbre. Voilà c’est fait, je n’ai plus de contrôle sur ce projet maintenant.

Est-ce que ça a convaincu les autres membres de DT de te laisser chanter ou faire les chœurs ?

La plupart des mélodies sont trop hautes pour moi donc ça ne m’irait pas. Alors certes je pourrais m’améliorer mais j’ai déjà plein de choses à faire du point de vue musical donc ça me convient comme ça.

Comme tu as l’habitude de créer des mélodies vocales pour ta propre voix, est-ce que tu le fais également pour James?

Pour Distance over Time, on a créé les mélodies avec John et James. Mais sinon la plupart des mélodies proviennent de la mélodie principale que je crée au clavier. Comme on attend d’avoir composé intégralement la musique avant de faire le chant, les parties clavier et parfois même la guitare nous dirigent vers une mélodie.

Comme je suis claviériste et un peu geek comme toi, j’aurais aimé savoir quels logiciels et instruments tu as utilisé pour cet album?

Oula ! J’en ai utilisé des tonnes : j’utilise beaucoup Ivory de Synthogy pour les sons de piano, des banques Kontakt, des logiciels de samples de chez 8DIO qui font des trucs déments, des logiciels de Best Service, de UVI, de OutPut, des trucs qui sont intégrés à Logic comme Alchemy mais le programme que j’utilise le plus sans doute, c’est Omnisphere de Spectrasonics.

D’ailleurs d’où proviennent les samples des voix qu’on peut entendre au début de Wired pt 2 car ils sont vraiment déments?

Ca tombe bien que tu en parles car j’ai oublié de citer Heavyocity. Je me suis toujours demandé d’où venaient les bruitages de films, des trucs du genre « booooum » etc… Et lorsque j’ai utilisé ma première banque de sons Heavyocity, je me suis dit : tiens c’est ça. Ils ont samplé des poubelles, des trucs qui explosent…

Après ta tournée solo « From Bach to Rock » qui a eu un joli succès, as-tu envie de faire une tournée pour promouvoir cet album?

C’est une idée assez vague car je suis sur le point de commencer une énorme tournée avec Dream Theater donc je ne pourrai pas le faire dans les mois qui suivent. J’ai envie de le faire mais c’est difficile car il me faudrait un orchestre de claviériste puisque chaque morceau contient des dizaines de pistes et de partie. Ou alors je pourrais le faire seul avec des backing tracks …

… Ou alors étant donné que Rod joue sur cet album, ça serait une bonne idée de faire du RMP?

Ah oui pourquoi pas, je garde cette idée…

… Ou alors faire du LMR puisque Marco joue également.

Pour la tournée Distance over Time, étant donné que les chansons du dernier album sont bien plus heavy et orientées live, est-ce que vous avez inclus les autres morceaux de la setlist parce qu’ils collaient bien à cette atmosphère ou alors vous vous êtes juste posés la question : « quels morceaux n’a-t-on pas joué depuis longtemps? »

Un peu des deux, on voulait rendre les fans heureux mais c’était sympa de refaire certains morceaux très ardus.

Question finale : j’ai vu que tu allais emmener ton orgue Hammond, pour jouer les morceaux de Distance over Time évidemment mais vas tu l’utiliser aussi pour les anciens morceaux ?

C’est une bonne question ! Bien sûr je vais jouer de l’orgue Hammond pour les nouveaux morceaux mais en ce qui concerne les anciens, pas pour l’instant. Peut-être, au fur et à mesure que la tournée avance, je pourrai le faire. C’est une machine complexe à maîtriser donc il faut qui soit déjà prêt à recevoir les messages MIDI, il faut configurer les effets etc…Pour l’instant, l’Hammond est configuré pour les nouvelles chansons mais peut-être qu’à l’avenir, je pourrais en jouer sur les anciennes.

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