[Chronique] Distance over Time

Un nouvel album de Dream Theater est toujours un événement : découvrir de nouveaux morceaux est quelque chose d’excitant mais aussi de stressant : et si mon groupe préféré allait me décevoir ? Comment va-t-il réagir après the Astonishing ? En parlant de cet album, il faut savoir qu’il a eu une influence très claire sur l’album. Alors j’en entends déjà certains hurler : « hein ? quoi ? on va se retaper un énième album de Disney avec très peu de riffs, plein de ballades, un Jordan Rudess omniprésent, un groupe noyé sous une multitude d’instruments, une basse inexistante et des paroles débiles ? ». Et bien non car s’il y a un terme qui décrit bien Distance over Time c’est : Anti-Astonishing. Prenez la description faite ci-dessus et faites tout le contraire et vous obtiendrez le nouvel album.

dream theater - distance over time

Pour apprécier cet opus, cela va énormément dépendre de votre réaction à l’opéra rock de Dream Theater et à vos goûts en ce qui concerne les dernières productions du groupe depuis la signature chez Roadrunner (donc depuis Systematic Chaos). En effet, après un écart de style (très fortement apprécié pour ma part), Dream Theater revient au son classique de ces douze dernières années. Si vous avez bien accroché à l’album éponyme, à A Dramatic Turn of Events ou encore Systematic Chaos, vous pouvez y aller les yeux fermés. Les fans par contre qui attendent un retour du groupe tel qu’il était dans les années 90s doivent se faire une raison : cette facette du groupe est morte, Dream Theater a évolué, il faut s’y faire. Ce qui fait que certains trouveront que l’album n’est pas du tout original et forcément quand on le compare avec l’avant dernier, qui était un coup de pied dans la fourmilière, cet opus semble relativement convenu comme en atteste le premier single « Untethered Angel ». Dream Theater ne prend pas de risques, sauf sur le morceau bonus c’est dire, et retombe dans des compositions classiques sans grande surprise.

Ce qui saute aux yeux par contre, c’est la prépondérance des riffs. Qu’on se le dise : Distance Over Time est un album très orienté riffs. Trop ? Certains morceaux, comme « Pale Blue Dot » sonnent comme une juxtaposition d’idées pas forcément très bien liées entre elles. Alors certains fans apprécieront justement car ce morceau enchaîne les riffs à 100 à l’heure : sorte de « The Dance of Eternity du riff » croisé avec « Enigma Machine »…mais avec des paroles.

De ce fait, le grand gagnant de l’album est John Petrucci. On sent que le G3 lui a fait du bien, il muscle son jeu, muscle le son de sa guitare au risque d’étouffer un grand perdant : Jordan Rudess qui lui, est relégué au second plan malgré des parties très intéressantes et une sobriété rare. Les détracteurs du claviériste seront contents : pas de délires geekesques (aurait-il rangé son iPad au placard) mais une abondance d’orgue Hammond et de piano. Le sorcier des claviers s’est quand même fait plaisir sur « S2N » en sortant une impro qui ressemble fortement à celle de la fin de « The Dark Eternal Night ». Ça sent le Zen Riffer en live. Mais tout ça est relativement contenu. Pour ceux qui avaient adoré le naturel, la douceur de son jeu et de ses sons sur The Astonishing, vous repasserez. Pour ceux qui ont aimé son style sur des morceaux plus heavy, comme son travail phénoménal sur Train of Thought, vous serez ravis, mais il faudra tendre l’oreille.

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Rudess, en retrait dans le mix, il reste de la place pour John Myung qui est l’autre grand gagnant. Enfin on peut entendre la basse et quelle basse ! Depuis Falling into Infinity, on ne l’avait pas aussi bien entendu. Toujours présente, elle est souvent mise en avant : rappelez vous de ce passage frustrant sur « Enigma Machine » où John vient faire coucou pour repartir aussi discrètement qu’il est venu, et bien c’est fini !

Terminons par le dernier instrument car oui, on rappelle à tous les parents qui n’en peuvent plus d’entendre leurs gamins taper comme des bourrins sur leurs fûts : la batterie est un instrument. On a sans doute le meilleur son de batterie de l’ère Mangini. Alors attention, ce n’est pas parfait, la caisse claire sonne mieux mais les cymbales en ont pris un coup.

La faute à quoi? A un mix et un mastering très modernes et assumés par le groupe. Malheureusement, l’ensemble peut sonner tellement brouillon et peu naturel. Autant sur The Astonishing, l’ensemble respirait, ce qui était normal pour une production qui faisait intervenir un orchestre, des chœurs etc … Autant sur Distance over Time, on retombe un peu dans les travers de l’album éponyme, en moins compressé. Mais il m’a fallu du temps pour passer outre cette sensation que tout était un peu noyé sous des effets hyper présents. Cela rend l’écoute un peu pénible à la longue et on privilégiera une écoute par morceau, plutôt que l’album entier.

Ceux qui ont déjà entendus les deux premiers singles le savent : Dream Theater a mis beaucoup d’effets, notamment sur la voix de James LaBrie. C’est un choix assumé du groupe, sans doute pour sonner plus moderne. Il faut s’y faire.

Puisqu’on parle de James, parlons du chant. C’est un album très agressif et, comme déjà mentionné auparavant, très orienté guitare, donc il peine parfois à trouver sa place mais les compositions plus restreintes lui permettent quand même d’exister.

Si les morceaux sont moins longs, ils n’en restent pas moins progressifs et d’ailleurs cela leur permet de ne pas se perdre trop dans de longs passages parfois ennuyeux. Sauf malheureusement pour « Pale Blue Dot » qui offre un passage instrumental pas franchement intéressant. Pour le reste, les compos sont concises, parfois trop ? Une bonne idée est vite zappée au détriment d’un autre. Le groupe, après avoir réussi un album hyper travaillé au niveau des transitions, retombe dans les copiés collés comme avec « At Wit’s End » qui comporte de très bonnes idées mais pas assez travaillées : on passe d’une grosse partie instrumentale à une partie douce de toute beauté, mais qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Même chose pour « Fall into the Light » qui possède deux parties bien distinctes de toute beauté mais dont les transitions ne sont pas assez travaillées.

Par contre, un morceau surnage : « Barstool Warrior », qui a été un coup de cœur immédiat. C’est peut-être le seul morceau plus progressif, plus joyeux de la part du groupe et qui permet de respirer dans cet enchaînement de riffs. Après avoir globalement critiqué cette abondance de riffs, il faut bien reconnaître une chose, c’est qu’ils sont généralement bons et hyper groovy. C’est ce groove qui tire l’album un peu vers le haut : soutenu par la section rythmique bien présente, on se prend à headbanguer sur des morceaux comme « Fall into the Light » ou « Paralyzed ». Ce dernier étant un morceau efficace, pas forcément mémorable mais réussi dans son style. Autre exercice de style : l’indispensable ballade « Out of Reach » qui permet également de se poser. C’est un morceau soft de plus dans la discographie de Dream Theater qui permettra d’alterner un peu avec les « Along for the Ride », « Wither » ou « Beneath the Surface ».

Les autres morceaux auraient pu être vraiment bien mais ils pâtissent malheureusement de choix un peu bizarre : « At Wit’s End » voit son solo de fin magistral diminué pour reprendre avec une outro très bizarre et bourrée d’effets, « S2N » a ce côté « Just Let Me Breathe » dopé au Rush mais se termine par cette fameuse impro de Rudess et « Room 137 » qui apporte ce retour au son d’Awake, est basé sur un riff qui rappelle « The Beautiful People », le tout noyé sous beaucoup d’effets.

Reste donc le morceau bonus : « Viper King ». Dès les premières secondes, on comprend pourquoi il a été relégué au rang de morceau bonus. Non pas qu’il soit le moins bon (au contraire), pas il dénote clairement avec l’ambiance générale par son côté très Deep Purple/Whitesnake. Il est concis, hyper efficace et même si les influences sont plus que présentes, l’exercice est vraiment bien maîtrisé. Dream Theater sort de sa zone de confort et nous offre un titre original dans sa discographie.

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Tout cela démontre un état d’esprit du groupe qu’il faut accepter : Dream Theater a trouvé son style, sa voie depuis 2007 et ne compte pas se remettre en question. Il faut l’accepter et se dire que le groupe est bien parti pour composer des albums sans surprise mais qui seront bien plus plaisants à écouter que n’importe quelle soupe pop qu’on entend à la radio. Le groupe gagnerait à reprendre un producteur pour avoir une oreille externe et plus critique afin de valider ou non certains partis pris dans les compositions ou le mixage. Il faudra voir maintenant ce que donne cet album en live, puisque justement, un des partis pris fut de faire un album direct, sans chichis taillé pour la scène.

Chronique : The Keyboard Wizard

Un grand merci à Valérie et Freddy d’Inside Out pour nous avoir permis d’avoir l’album trois mois en avance !

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