[Chronique] Wired for Madness – Jordan Rudess

15 ans que nous n’avions pas eu un album rock de Rudess à nous mettre sous la main. Alors certes, Jordan a sorti the Road Home mais il était composé de reprises. Réel changement après tant d’années ou continuité pure et simple de Rhythm of Time ? A vous de le lire.

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Dès les premières notes de « Wired for Madness pt 1 », on est plus ou moins rassuré car le style Rudess est bien là. Il faut dire qu’entre les dernières notes de Rhythm of Time et Wired for Madness, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, beaucoup de synthés sont sortis et Jordan a découvert des tonnes de gadgets dont certains fans se seraient bien passés. Et pourtant, point de Geoshred ou de Snarling Pig, on se retrouve à la bonne époque du Kurzweil de Jordan, lorsqu’il nous pondait des sons qui sortaient de l’ordinaire. Les fans des deux albums solo rock de Jordan seront extrêmement ravis de réentendre certains sons ou alors des thèmes dans la même veine.

Pour autant, cet album est une vraie nouveauté : Jordan a voulu montrer toutes ses facettes en un album et il a mis le paquet. Composer un morceau de 33 minutes : check, montrer ses influences jazzy et bluesy : check, se mettre à chanter alors qu’on attendait ça depuis Listen, son premier album : check. Donc même les fans de Jordan auront quelque chose de neuf à se mettre sous la dent.

Passons directement au plat de résistance : le morceau éponyme divisé en deux parties, sur le papier seulement car en vrai, il est composé comme une symphonie avec plusieurs mouvements. On pourra reprocher à Jordan d’avoir voulu trop en mettre et de ne pas assez développer ses idées : on passe d’une partie avec un gros lead à un ragtime, puis à une mélodie qui fait penser aux jeux vidéos des années 90, le tout en quelques minutes. Pour que cela soit digeste, les transitions se font à l’aide de la section rythmique qui va faire un travail énorme sur tout l’album. Rod Morgenstein assure la première partie et Marco Minnemann la deuxième. On sent une vraie différence entre les deux batteurs et ils sont à leur aise : Rod dans un style plus jazzy et Marco dans un style plus rock et heavy. La partie 2 sera la plus intéressante avec un vrai travail sur les voix : humaines d’abord avec la découverte de Marjana Semkina du groupe Iamthemorning (excellent groupe russe avec Gleb Kolyadin un pianiste hors du commun), l’intervention finale de James LaBrie trop courte malheureusement, mais aussi sur les voix samplées d’une rare qualité et qui rappelleront à certains le travail fourni par Jean Michel Jarre sur Zoolook. Pour résumer le morceau éponyme est un morceau hyper dense et assez complexe à aborder mais c’est un voyage qui réserve énormément de surprises. Seul bémol : les parties magnifiques qui ne sont pas assez développées.

Pour le reste, l’album se divise en morceaux plus courts qui permettent à Jordan de développer un style particulier. Deux ballades très Rudessienne (entendez là des chansons au format plus pop proche de « Tear Before the Rain ») intitulées « Off the Ground » et « Just for Today » qui montrent que Jordan sait écrire des morceaux plus doux et mieux construits que certaines ballades de Dream Theater. Ce ne sont pas les titres les plus marquants mais ils sont bien agréables et représentent bien cette facette de Jordan.

Les deux morceaux qui marqueront les esprits sont « Perpetual Shine » et « Just Can’t Win » qui montrent les influences blues et jazz de Jordan. Le premier est une version jazzy du Rudess Morgenstein Project avec une basse très présente et qui groove. Le deuxième est un vrai morceau de blues avec un Jordan très crooner et des paroles assez équivoques (knocking at your back door and girl you got to let me in…voilà voilà). Tout y passe : cuivres, solo jazzy de Rudess, intervention de Joe Bonamassa et une fin proche de Tom Jones. Rien que pour ce titre, l’album vaut d’être découvert et on se prend à rêver que Jordan ramène cette facette dans Dream Theater.

Restent « Drop Twist » et « Why I Dream » des morceaux plus classiques pour qui connaît la carrière de Jordan en solo. On oscille entre Rhythm of Time et le Rudess Morgenstein Project mais l’influence jazzy est beaucoup plus présente. Là où les autres projets de Jordan étaient plus rock, ici on s’approche d’une musique fusion.

« Drop Twist » permet d’aborder un aspect important de l’album : il se passe des millions de choses en arrière plan. Quand Jordan affirme que pour tourner avec cet album, il lui faudrait un orchestre de synthétiseurs, c’est vrai. Alors que Distance over Time est relativement plus concis au niveau des couches d’instruments, Wired for Madness fourmille d’idées en arrière plan et c’est un régal de réécouter les morceaux en découvrant certaines parties plus discrètes dans le mix. On n’ose imaginer le travail de mixage qui est pourtant vraiment réussi. Il est difficile de faire coexister autant d’instruments, autant de musiciens et pourtant la production semble naturelle. Les claviers analogiques sont bien représentés, la batterie sonne bien, la basse est mise en avant et la présence de vrais instruments comme des cuivres permettent à l’ensemble de respirer et de ne pas sonner froid. Petit bémol pour la voix de Jordan lorsqu’il chante, elle semble un peu trop produite mais on va lui pardonner car en aucun cas l’ingé son a poussé la réverb au max…

Les différents intervenants font bien le travail et Jordan leur a donné le bon rôle. Joe apporte ce côté bluesy qui le caractérise, Rod porte les morceaux vers des influences plus jazzy et Marco amène son côté rock/metal avec une précision chirurgicale. Elijah Wood quant à elle, est une belle découverte en studio et ne dénote pas du tout avec ces collègues masculins. Dommage que les camarades de Dream Theater ne soient pas plus mis en avant : pour John c’est un petit solo et puis s’en va et pour James, une intervention et c’est tout. Qu’on se le dise, c’est l’album solo de Jordan et pas un album de Dream Theater. Et cela fait du bien à notre claviériste car il s’émancipe clairement et développe des styles que DT ne lui permet pas de montrer.

En conclusion, nous pourrions dire que cet album permet de montrer plusieurs facettes différentes de Jordan, ce que DT ne lui permet pas de faire. Tantôt proggy, jazzy, blues ou orchestral, l’album sera un bon complément à Distance Over Time ou alors une bonne consolation aux fans qui voulaient des longs morceaux plus progressifs avec une plus grosse prise. Ajout indispensable dans la discographie du fan et découverte pleine de surprises pour le néophyte, cet album se doit d’être écouté.

Note : 8.5/10

Chronique : The Keyboard Wizard

Un grand merci à Lauren Schuller de Mascot Label ainsi qu’à Danielle et Jordan Rudess

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