A View from the Top of the World, la chronique intégrale

Le 22 octobre marquera la sortie du 15ème album de Dream Theater, intitulé A View from the Top of the World. Après un an d’attente, le monde entier pourra découvrir ce nouvel opus tant attendu. Mais grâce à Dream Theater World, nous avons eu la chance de l’avoir plus de deux mois avant. C’est dire si l’album a été joué plusieurs fois pour pouvoir réellement l’apprécier. Afin de situer ce nouvel ouvrage au sein de la discographie, il a fallu également réécouter l’intégralité des albums, non sans un certain plaisir. Alors que nous réserve ce 15ème effort ?

A View From The Top Of The World - Dream Theater - CD album - Précommande &  date de sortie | fnac

Par où commencer, si ce n’est par l’évident, la chose que tout le monde a pu découvrir lors de la diffusion des premiers singles : la production qui est enfin à la hauteur du talent du groupe. Depuis toujours, le mixage et le mastering des albums ont été un élément compliqué qui a divisé les fans. Pour A View from the Top of the World, Andy Sneap a fait un travail impeccable. Jamais Mike Mangini a sonné aussi naturel, jamais il n’a été aussi facile de suivre John Myung et contrairement aux derniers efforts du groupe, on ressort d’une première écoute sans un mal de crâne dû à un mastering trop compressé. Bien sûr l’album est compressé puisqu’il suit les diktats de la loudness war mais pour la première fois, il y a cette envie de découvrir le mix sur Blu-Ray, non pas pour avoir un son correct, mais pour encore plus apprécier le travail d’Andy Sneap. Pour les fans qui ont du mal à rentrer dans Distance over Time à cause d’un mixage approximatif bourré d’effets, cet album les rassurera clairement. Dream Theater aurait-il trouvé LE son qui lui convient et une formule qui marche ?

C’est en tout cas ce qu’on peut se dire lorsqu’on regarde les compositions : cet opus reprend les formules usées et usitées depuis plusieurs années mais pour la plupart des morceaux cela marche. En effet, on reste dans des morceaux de l’ère moderne du groupe, c’est à dire après le passage chez Roadrunner. Il va falloir faire le deuil de l’âge d’or entre 1989 et 2003 quand DT se cherchait encore, à coups d’innovation et d’albums surprenant. Il leur a fallu 14 ans pour effectuer cette mue et depuis 7 albums maintenant, le groupe semble rester sur la même ligne directrice : prendre peu de risques et faire des albums « classic DT ». Bien sûr la seule exception reste The Astonishing qui était leur plus grand pari. Mais la réaction globale des fans a dû les échauder car ils sont revenus, depuis Distance over Time, à des compositions plus « safes ».

Alors on entend déjà les fans dire « encore un album sans saveur ». Et c’est là que la surprise réside. Oui, cet album ne dénote pas parmi les albums depuis Systematic Chaos mais on sent que Dream Theater maîtrise la recette. Outre une production aux petits oignons, les compositions se tiennent beaucoup mieux à l’image de « Transcending Time », le morceau le plus réussi de cet album. Avec son côté hard FM mêlé à des sonorités proche de Rush, le morceau ne tombe pas dans le plagiat comme le faisait « The Looking Glass » par exemple. Le combo basse/guitare/piano fonctionne à merveille et on se rend compte que c’est dans cet exercice que Jordan Rudess excelle. Il apporte clairement un côté mélodique qu’on appréciait sur The Astonishing et qu’on ne retrouvait pas ailleurs, mais avec un côté plus hard rock qui aurait évité au 13ème album de passer pour une comédie musicale mielleuse.

On retrouve ce type de mélodie lyrique accompagnée par le piano notamment sur « Awaken the Master » qui apportera également son lot de surprise. On pense tout de suite à l’utilisation tant attendue de la guitare 8 cordes. Elle se sera faite désirée celle là ! John Petrucci a pris son temps et il a eu raison. Le guitariste a évité de l’utiliser en mode djent, cela aurait été trop simple. Il nous propose donc un riff puissant en intro et pensera même à tester son nouveau jouet avec une pédale wha wha. A noter que la production permet, lorsque Petrucci utilise le registre grave, à John Myung d’exister quand même et de ne pas disparaître totalement du mix comme on a l’habitude. On aurait pu craindre un morceau hyper rythmique mais que nenni : après l’apparition du riff certes puissant, le groupe passe à un rock prog old school avec un Jordan Rudess qui semble être retourné à ses sonorités des années 2000, lorsqu’il faisait des albums solo vraiment mélodiques.

Malheureusement ce morceau n’échappe pas aux problèmes de composition qui subsistent depuis plusieurs années (et même lors de la période Portnoy) : les transitions hasardeuses et la juxtaposition de riffs sans lien. Il va falloir s’y faire, c’est le style de Dream Theater de passer du coq à l’âne avec plus ou moins de réussite. Néanmoins contrairement aux autres albums de l’ère Mangini (The Astonishing exclus), les compositions se tiennent bien mieux et notamment grâce au combo basse/batterie. « Sleeping Giant » pourrait passer pour un morceau avec des parties complètement capilotractées mais lorsqu’on prend le temps d’écouter ce qu’il se passe en arrière plan, on voit que Myung tient le passage instrumental grâce à un riff bien placé. Imaginez passer d’un ragtime, un soli heavy de Rudess, une partie plus gothique avec chœurs d’église, en quelques secondes. Cela donne le tournis mais ça se tient et le morceau passe comme une lettre à la poste.

Mais quand même, on sent que lors des morceaux plus longs comme « Awaken the Master » ou « Answering the Call », le groupe ne sait pas quoi faire une fois les deux tiers du morceau passés. Ils se lancent alors dans des parties instrumentales parfois à rallonge qui peuvent peut-être lasser l’auditeur, sans aller dans l’ennui profond comme sur « Pale Blue Dot ». Heureusement que lors de ces passages instrumentaux, Petrucci tient la baraque et propose des soli assez inspirés. Rudess lui, continue à nous proposer des prestations proche d’Yngwie Malsteen : des arpèges improvisées faites en une prise sans vraiment de composition. On est parfois loin de la cohésion retrouvée de Liquid Tension Experiment même si certains passages en unisson avec John sont vraiment de haute volée comme à la fin de la partie instrumentale de « Answering the Call ». Outre le piano, là où Jordan va vraiment apporter sa patte, c’est lorsqu’il utilise l’orgue hammond. Dommage que les sonorités ne soient pas celles de l’orgue utilisé pour the Astonishing ou celles de Derek Sherinian. Mais en arrière plan, il fait le job et va même apporter ce côté Deep Purple qu’on retrouve sur « Sleeping Giant » et « Invisible Monster ». Il va jusqu’à se mettre en danger avec quelques expérimentations sur ce dernier et sur le morceau éponyme « A View from the Top of the World » en faisant un solo de violoncelle virtuel.

Ce morceau épique, justement, était très attendu des fans et se rapproche d’ « Illumination Theory » dans la composition. Plutôt que d’avoir un long morceau filé, le groupe offre 5 parties regroupées avec ces fameuses transitions pas forcément maîtrisées. Le fil rouge consiste en des paroles philosophiques et en des thèmes introduits dans l’ouverture assez intense et distillés par ci par là. On est loin de la cohérence d’ « Octavarium » mais les 5 parties prises à part sont vraiment de qualité que ce soit le passage lent et néo classique ou celui qui sonne comme Iron Maiden. Par contre la fin tombe un peu comme un cheveu dans la soupe et il aurait été préférable de terminer comme sur « Sleeping Giant » qui clôt le morceau à la perfection avec ce passage lyrique proche de The Astonishing.

Autour de ces morceaux gravitent les deux singles, qui, sans être des titres exceptionnels, se tiennent bien. « The Alien » est bien plus cohérent que les autres singles dévoilés depuis 2007 et « Invisible Monster », avec son riff proche d’ « Overture 1928 » fait preuve de concision, on est bien loin d’un titre à rallonge. Finalement même si Dream Theater se perd parfois avec des parties instrumentales trop techniques, le sentiment global de cet album est une impression de solidité. Cela est sûrement dû au fait que le groupe a enfin trouvé son équilibre et leur son. Mike Mangini est pleinement intégré et peut se révéler au grand jour. S’il avait un album à mettre sur son CV, ce serait sûrement celui là car c’est un réel plaisir, même pour les non batteurs, de l’écouter groover, tenir la baraque et briller. Cela faisait 10 ans qu’on attendait ça.

Et alors qu’en est-il de James LaBrie qui n’a pas été cité une seule fois depuis le début. Sa voix est toujours bourrée d’effets, c’est le cas depuis le début du groupe, mais étonnamment, il semblerait que les lignes de chant soient un peu plus indulgentes avec le chanteur qui a dû mal à assurer certaines parties en concert. Le groupe a tenu compte de son registre et les tonalités sont beaucoup moins exigeantes. A la fois puissant et mélodique, il assure le job et nulle doute que certains refrains comme celui de « Transcending Time » vont rester en tête après plusieurs écoutes.

Il est vrai qu’il faudra quand même plusieurs écoutes pour intégrer l’album. Après quelques temps de digestion, on commence à voir la cohérence des morceaux mais c’est sûr que la première fois, il est difficile de comprendre comment sont construites les chansons. A part un epic pas forcément exceptionnel, Dream Theater nous livre son meilleur album de l’ère Mangini (sans compter The Astonishing qui est clairement à part) et peut-être le meilleur depuis le milieu des années 2000. Il est vrai qu’on ne retrouvera jamais la folie des sept premiers albums mais c’est normal. On a suivi la quête sonore du groupe et lorsque Dream Theater a trouvé son rythme de croisière, on a perdu l’originalité. Néanmoins il faut se rendre à l’évidence, cela fait 11 ans que la formation est stable, soit la période la plus longue et Jordan Rudess a composé plus d’albums que Mike Portnoy : DT est mort, vive DT. Pour apprécier pleinement ce 15ème opus, il faut donc en prendre compte sans regarder trop loin dans le rétroviseur.

32 ans après, malgré des plusieurs changements de line-up, Dream Theater arrive quand même à nous régaler à défaut de nous surprendre. Mais après un The Astonishing qui a divisé la fan base mais qui commence à être apprécié, après un Distance over Time avec des choix douteux, revoir le groupe en si bonne forme fait clairement plaisir et nul doute que dans ce CD, il y aura des morceaux qui passeront l’épreuve du temps et l’épreuve du live.

Note : 8/10

Un grand merci à Kim Sakariassen pour la mise à disposition de l’album.

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