Le périple Bumblefoot (histoire vraie)

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Avant tout chose, je précise que c’est long. Je n’aime pas faire une description imprécise ou incomplète (même si ça le sera de toute façon, vu que j’ai oublié plein de détails pourtant croustillants).
Les vidéos ne viennent pas de cette masterclass, si j’en trouve des liens, je les ajouterai.

Tout à commencé lundi, quand j’ai vu des photos d’amis avec Ron Thal apparaitre sur Facebook. Outre une petite pointe de jalousie, ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’il devait être en France en ce moment. Après une petite recherche, je découvre qu’il venait de faire une masterclass à Nîmes. Je ne pouvais de toute façon pas y aller, j’avais cours, donc pas de regrets à avoir, mais tout de même. Est-ce qu’il n’y aurait pas une ou deux autres dates ? Si. Une. Mercredi (donc deux jours plus tard), à Tours. Précisons que je suis de Grenoble, et que Tours, ça fait loin. Précisons tout de même aussi que je suis un fan inconditionnel de Portnoy et tous ses side projects, que j’avais déjà entendu plusieurs fois le nom de Ron Thal, toujours associé à des superlatifs absolus.
Ajoutons à ça que depuis l’interview de Portnoy et Sherinian, j’avais décidé de faire gagner un petit cadeau, dédicacé par les deux artistes. La possibilité d’avoir une troisième signature dessus était très tentante. L’élément déclencheur fut quand KeyboardWizard m’a demandé par MP (Mike Portnoy lol) si je songeais à y aller. Oui, il m’en faut peu (pour être heureux). La réponse « c’est une folie, mais ouais » a été lâchée, et ce fut donc le moment d’organiser ça, en plusieurs étapes simples : premièrement, faire décaler mon cours d’anglais du mercredi, sans quoi tout tombait à l’eau. Secondement, réserver une place, troisièmement, organiser le trajet en lui même. Je vous la fait courte, la prof d’anglais a accepté, j’ai pu réserver une place sans encombre, et par manque de blablacar, de trains et de budget, j’ai dû me résoudre à faire Grenoble-Tours par moi même en voiture (prévoir donc de faire le plein, regonfler les pneus…).

L’image contient peut-être : 1 personne, debout

Le jour J arrive, départ initialement prévu à 11h15, annoncé avec un retard indéterminé puisque la professeure souhaite remanier les groupes que nous venions de créer pour le projet dans sa matière. Devinez quel fut le groupe remanié en dernier (pour au final qu’il n’y ait aucun changement) ?
En route pour le repas, mes amis et moi croisons le professeur responsable des stages, qui a un message à faire passer et nous demande de le transmettre aux autres étudiants.
Nous avions des questions sur les stages, et impossible de renoncer à l’opportunité de les poser, malgré tout mon amour pour la musique, pour le moment le scolaire prévaut.
Pas de redoublement possible en M2 info. J’arrive donc à ma voiture à 11h50, chargé de deux panini, et je file faire le plein. Les pneus pourront attendre avant le regonflage. S’ensuit un trajet non stop (sauf pour refaire le plein une fois en réserve) de six heures d’autoroute, à stresser pour l’horaire d’arrivée et à rager contre chaque endroit en travaux qui baissaient à 90km/h la limitation de vitesse.

Contre toute attente, j’arrive à peine deux ou trois minutes après le début.
Je pénètre donc dans la salle où tout le monde est déjà assis, et remarque immédiatement quelques détails :
1) Ron a la guitare qu’on aperçoit sur la vidéo de Coming Home. Mode fanboy activé.
2) C’est plus un clinic qu’une masterclass, il n’y avait pas besoin d’apporter de guitare. J’aurais pu économiser l’achat d’une housse de transport.
3) Deux places de libre au dernier rang, tout le devant était déjà pris, on est une cinquantaine.

J’arrive donc entre deux exercices d’échauffements vocaux, à peu près à temps pour que Ron nous fasse imiter la mouette. Je meurs de soif et suis fatigué du trajet voiture/salle
à porter ma guitare, mon mélodica, mon sac de cours (qui pèse un âne mort. En gestation.) et le sac « poster » à faire dédicacer. Aucun son aigu ne peut sortir de ma gorge, tant pis.

Ensuite, il nous fait un LA (A3 pour ceux qui aiment les précisions) puissant, nous le fait chanter en même temps que lui. Il nous fait faire l’octave supérieure (A4), tout le
monde suit. Il nous fait descendre de deux octaves (A2), à peu près personne d’autre que lui n’arrive à descendre aussi bas. Retour au A4, puis il monte encore d’une octave (A5). Il faut réaliser que c’est déjà très aigu, la grande majorité des hommes a abandonné à ce stade. Mais ce n’est pas fini ! Il monte au A6. Seule une ou deux filles parviennent à le suivre.
Surtout qu’il tient la note ! Mais là où il a définitivement maté tout le monde, c’est en passant en registre siflé, où il a tenu pas loin d’une minute un A7 certes des fois
un peu vacillant, mais un putain d’A7 quand même (petite sensation de déjà vu, c’était sur mon trajet (si, si, vous savez, « l’autoroute du soleil »)). Et tout le long en nous faisant signe qu’il attendait qu’on participe un peu à ses exercices. Une minute, c’est long. S’il y avait besoin de prouver que Ron Thal maîtrise autant le chant que sa guitare (c’est à dire à un niveau exceptionnel), c’est maintenant chose faite !

Il enchaîne donc sur un morceau :

Un solo basé sur la panthère rose, que du bon.

Sans transition : « bon, bah c’est parti pour un autre morceau ! »
Et c’est donc Guitars Suck auquel on a eu droit.

Après ce morceau, il a pris le temps d’expliquer plusieurs concepts de physique sur les fréquences sonores, d’abord en se basant sur sa voix, partant dans quelques parenthèses très intéressantes (où l’on a pu découvrir qu’il maîtrisait parfaitement le chant saturé), mais se concentrant principalement sur le fait que multiplier par deux la fréquence d’une note donne la même note à l’octave supérieure, puis revenant à la guitare pour indiquer avec de nombreux exemples le fait qu’on pouvait obtenir ça sur une corde en se plaçant au milieu de la partie tendue de cette dernière, soit 12 frets plus haut que la note en cours. Ceci pour arriver à la remarque suivante : le morceau tel qu’il était dans sa tête montait plus haut dans les aigus que ce que son manche lui permettait d’atteindre (c’est à ce moment, après une bonne dizaine de minutes d’explications, que ce fut le tour du traducteur : « Vous avez compris ? »). Or, comme il venait de nous l’expliquer, le manche est un outil avant tout, pour montrer où sont les divisions de corde qui donnent de bonnes notes. Mais rien n’empêche de créer soi même ses propres frets ! C’est pour cela que Ron utilise sur son auriculaire droit un dé à coudre (merci à lui de m’avoir confirmé ça, accompagné de cette vidéo :

Il nous a aussi expliqué (préparez vous, au fur et à mesure ça va partir dans des délires de plus en plus loufoques !) qu’un manche de guitare existait sous plusieurs dimensions matérielles (c’est des théories de hippies, a-t-il fait remarquer). La première est celle que nous connaissons tous : le manche, les frets, etc. La seconde part du principe que le manche peut très bien s’utiliser dans le sens inverse (au lieu d’aller du grave aux aigus de gauche à droite pour un droitier, aller de droite à gauche). Bien évidemment les frets ne sont plus adaptées pour ça.
Mais par exemple, en utilisant son dé à coudre près du chevalet avec les mêmes intervalles que les frets de l’autre côté du manche, il obtient bien les mêmes notes. Logique, me direz vous (avec raison).
Sauf qu’il pousse la réflexion plus loin : il s’en sert pour faire des plans expérimentaux de tapping, où il allège la charge de la main gauche en utilisant son dé non pas en note
la plus aigue mais comme note de passage. Dur à expliquer, ce sont des idées que je n’avais encore jamais vu autre part, et je n’ai pas trouvé de vidéos où on le voit faire.
C’était impressionnant de créativité ! Il a continué dans sa lancée hippie sur les différents plans dimensionnels de manches de guitare en présentant le troisième plan : les harmoniques.
Là dessus, rien dont je n’ai pas déjà entendu parler, par contre, le voir faire, c’est quelque chose !
Il nous a joué (et chanté en même temps, ce que j’aurais décrété impossible avant de le voir faire) un couplet de Hang Up :

Sa maitrise de l’instrument est complète. Si Petrucci a peut-être un son un peu plus propre dans les parties rapides, Ron Thal a une créativité d’un tout autre niveau, il expérimente des idées complètement dingues et les travaille jusqu’à les insérer dans son jeu. Il est à mon sens plus complet et surtout beaucoup plus rock’n’roll que John qui reste somme toute très « classique » malgré son niveau monstrueux. Et c’est un fan de DT de « longue » date (environ 10 ans) qui dit ça.
Bon, je cesse de glorifier, revenons en au sujet.
Il expliquait donc qu’il était important pour un guitariste de connaitre autant les noms des notes sur le manche que de bien repérer les différentes divisions de la corde (pour pouvoir faire des harmoniques articifielles, par exemple, savoir repérer la moitié ou le quart de la partie vibrante de la corde pour y placer sa main droite. Idem pour l’utilisation du dé à coudre).
J’ai posé ici ma première question, à savoir si cette découverte était ce qui l’avait poussé à utiliser des guitares fretless. « Excellente question, j’allais y venir. Ça me permet de faire
une transition vers… attendez, je devrais expliquer ça avant… oh, puis vous savez quoi ? Je vais vous faire un cour d’histoire de la musique. Des fois, ça me pète, je fais des cours
d’histoire de la musique, et vous allez y avoir droit ».

Spoiler alert :
Inclus de l’humour salace quasi scabreux. Vous êtes prévenus.
Ce qui suit n’est pas une retranscription mot pour mot, mais je garantis que rien n’est exagéré, toutes les idées sont issues directement de son récit.
Vous allez voir, c’est parti en couilles très très vite.

« Tout a commencé il y a quelques milliers/millions d’années, quand Dieu — pardon, quand Lemmy a créé le monde. Quelques unes des personnes qui y vivaient ont découvert que la musique pouvait soigner. De même que la nourriture, ils savaient se nourrir, ce n’était pas comme aujourd’hui où les boites qui produisent la nourriture nous font grossir, où les boites qui font les médicaments nous maintiennent malade (à ce propos, Bayer a racheté Monsanto, donc ne vous inquiétez pas, vous allez aussi être malades en mangeant. Blague à part). La musique pouvait soigner. Ces gens, les phéniciens, tous avec des noms en « ese » [prononcer « ize »], Socratese, Hypocratese, testiculese [oui, ceux qui avaient entendu étaient pliés de rire], ainsi qu’un gars en « us », Pythagorus, ont fondé une sorte de Fight Club (vous connaissez Fight Club ? Oui ? Qui ici a déjà vu Fight Club ? Ok). C’était le club de théorie musicale. La première règle
du club de théorie musicale, c’était que tu ne parlais pas du club de théorie musicale. La seconde règle du club de théorie musicale… c’était que tu ne parlais pas du club de théorie musicale.
Bref, ces gars avaient déjà tout trouvé de ce que je vous ai expliqué sur les fréquences, les notes, et ils avaient tout noté dans le livre du club de théorie musicale, qu’ils avaient caché dans leur planque.
Cette planque, c’était la grande bibliothèque d’Alexandrie [puis il a calé un jeu de mot que je n’ai pas bien entendu]. Sauf qu’il y a les romains qui sont arrivés, en vomissant de partout, les romains ils ne faisaient que manger et vomir, manger, vomir.
Et les romains, ils ont dit ‘on fait ce qu’on veut !’ et ils ont brûlé la bibliothèque et l’ont noyée sous de la gerbe. Le monde était du coup devenu bien triste, surtout quand on considère le fait qu’ils n’avaient pas encore
inventé les toilettes à l’époque. Ils vivaient donc dans un monde de vomi et de merde. MAIS Pythagorus n’avait pas respecté la règle du club de théorie musicale, il avait caché son journal intime avec toutes les découvertes du club dedans. Ainsi, page 31, il y avait « Ma soeur est une salope », et page 60, « si on multiplie par deux la fréquence d’une note, on obtient la même note à l’octave, donc pour monter une note d’un octave sur un instrument à corde, il suffit de diviser par deux la taille de la corde ».

Bref, ce journal intime, câché sous son matelas, a été retrouvé par le gouvernement de l’époque (comprendre par là : l’Église). Et ils ont ainsi découvert les rudiments de la musique (oh, il y a une sorte de cycle de 12 notes obtenues en multipliant par 3 le nombre de départ et en ramenant toutes les notes dans la même octave ?). Alors ils se sont dit, c’est cool mais il faudrait cadrer ça. On va mettre des règles.
Ainsi, ils ont fait des essais. Deux notes consécutives jouées en même temps [seconde mineure]? Moche. Avec un écart d’une note supplémentaire [seconde majeur]? Neutre. Un écart suplémentaire ? Triste. Encore un ? Joyeux.
Encore un ? Oh, le diable. Et ainsi, ils ont tranché sur les 7 notes que nous connaissons tous : A B C D E F G. C’étaient les seules notes autorisées. Du coup, c’était Noël toute l’année.

[il s’est mis alors à jouer ça : ]

Les gens avaient donc enfin la musique pour soigner leur plaies et leur âme. C’est à dire, tu te levais le matin, ça puait la gerbe, tu sortais de chez toi, tu plongeais direct les pieds dans la merde parce que pas de toilettes, tu allais bosser et partout tu avais du vieux vomi de romains en train de pourrir… tu rentrais chez toi le soir, ça puait toujours la merde et le vomi, mais tu allumais la radio et c’était Noël [il rejoue Joy To The World] !
C’était tout de même un peu limité. Et c’est là qu’interviennent les Vikings [note : c’est le passage dont je me rappelle le moins donc je ne garantis pas l’exactitude de ce qui suit, désolé] ! Eux ont trouvé des failles dans les règles. Déjà, ils chantaient à plusieurs voix.
Mais aussi, ils ont décidé, en respectant les notes imposées, de ne pas partir sur la même note de base, le A [le la], mais du C [le do]. Ils ont découvert les accords, mais aussi les 7èmes, neuvièmes…
Et faisant fi des notes imposées, ils ont testé de baisser ou monter d’un demi ton les notes des accords, et de regarder ce que leur inspiraient les intervales obtenus . On garde la fondamentale, mais en baissant la seconde note, on obtient quelque chose qui sonne comme… « VA TE FAIRE FO*TRE MAMAN JE TE DÉTESTE! » (deux demi tons consécutifs). Alors que si on laisse avec l’écart de base, on a juste envie de faire des câlins.
Dans le metal, on utilise beaucoup la version « JE TE DÉTESTE MAMAN » [il commence à jouer un riff de metallica]. Et quand on veut apporter la paix et les câlins, on joue la version majeure. [Il joue la fin de Bohemian Rhapsody (« Nothing really matters, anyone can see… »), on peut sentir que c’est entièrement joué à l’oreille, ce qui est d’autant plus impressionnant qu’il cale subtilement tout les accords. Il termine sur non pas un accord avec une seconde majeure, mais avec une seconde mineure. Sacrilège ! Blasphème ! Le public grince des dents ! Il en rajoute :]
« VA TE FAIRE FO*TRE MAMAN JE TE DÉTESTE! » Vous voyez, ça sonne méchant. Alors que… [il rejoue la fin, finissant cette fois ci sur le bon accord, avec la seconde majeure] Voilà ! Là on a le câlin.
Les Vikings, donc ! Ils ont aussi essayé de monter la quatrième note, la quarte. Imaginez que vous avez vécu dix ans en Inde, consommé toutes les drogues qui existent, et que vous en êtes à un stade où vous ne pensez plus qu’à faire des câlins aux arbres.
[il se met à jouer en lydien] Là. Vous les sentez, les arbres ? »

Fin du cours d’histoire de la musique, qui s’achève donc sur les modes. C’était la partie la plus loufoque de la masterclass, vous pouvez presque ressortir les enfants du placard, il me reste juste à préciser qu’il a fait une comparaison que j’ai oubliée entre la musique et le sexe (plus une liste de points communs qu’une comparaison d’ailleurs).
Je ne me rappelles plus de l’enchaînement exact de la suite, sous forme de  questions/réponse, que je n’ai pas toutes retenues mais dont voici celles qui me sont restées en mémoire.
Quelques unes de mes questions :
« Te souviens-tu par le plus grand des hasards que tu as enregistré un solo pour un morceau d’Orelsan, un rappeur français ? »
=> Il s’en souvenait très bien et était très agréablement surpris que quelqu’un en ait connaissance dans l’assemblée (je n’ai aucun mérite, c’est mon ex qui m’avait fait découvrir et le morceau, et le guitariste. J’avais déjà entendu le nom mais jamais écouté, j’avais donc découvert à l’époque sa contribution à « La Peur de l’Échec », ainsi que « Guitars Suck »).
Il nous a donc expliqué que la floppée de notes rapides vers la fin du morceau n’était en réalité que de simples croches, jouées avec un delay réglé sur une croche pointée, qui remplit abondamment les vides. C’est particulier, dit-il, de devoir jouer les notes de cette manière sans les laisser résonner (c’est vraiment tout en stacatto).

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« Combien de temps de pratique t’a-t-il fallu pour devenir bon dans les techniques dont tu nous as parlé plus tôt ? »
« Je ne suis pas bon ! Il n’y a pas vraiment de question de ‘niveau’, dans le sens où il faut toujours chercher à continuer de s’améliorer. On n’a jamais fait le tour de son instrument, on est jamais ‘bon’ puisqu’on a toujours des choses à apprendre. Je continue à passer beaucoup de temps à pratiquer pour m’améliorer.
La meilleure (et seule) manière de devenir ‘bon’, c’est de prendre son instrument et de jouer. Et ce, quelque soit ton niveau. »

Question de je ne sais qui, je ne me rappelles plus la formulation précise, mais vu la réponse, ça devait-être :
« Quels exercices conseillerais-tu sur la guitare ? »
« Un exercice que j’aime bien faire faire à mes élèves, qui les frustre énormément mais qui est je pense très formateur, se fait dans la simplicité, pas dans la vitesse, même si je sais que pour le moment je n’ai rien fait d’autre que de la branlette de manche.
L’idée est la suivante : je joue un accord… [joue un accord de do]… je continue de jouer l’accord… [il joue les noires, toujours avec son accord de do]… et encore… et sur cet accompagnement, je leur demande de me jouer une note par mesure, une ronde. Chaque premier temps ils doivent changer de note.
Là où l’exercice est intéressant, c’est que déjà ça leur impose de jouer sobre, et de découvrir quelles notes sonnent, quelles notes ne sonnent pas. Mais en plus, je leur demande de me nommer la note qu’ils jouent, ça leur permet d’apprendre le manche.
Après, je leur demande de me dire non pas la note qu’ils jouent, mais celle qu’ils joueront à la mesure suivante ! Et ça, ça impose de réfléchir à ce qu’on va jouer. La musique ne vient pas des doigts, elle vient du cerveau.
C’est lui qui va analyser ce qu’on entend, anticiper les changements d’accords, les notes qui viennent, et déterminer si on aime ou non la musique. Il faut l’entrainer.
Après, je rajoute un accord dans l’accompagnement [il alterne une mesure de do, puis une de sol, ce qui lui permet de revenir sur un sujet qu’il avait très brièvement évoqué, les fins de morceau. Je ne me rappelle plus ce qu’il y avait dit donc je n’ai pas détaillé], en gardant toujours ce concept où l’élève doit dire à l’avance quelle note il jouera. »

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Questions que j’ai posées :
« Est-ce que, lorsque tu joue le solo d’un morceau en live, tu préfères improviser, ou jouer le solo tel qu’il était sur l’album ? »
« Ça dépend, vraiment. Si le solo a une mélodie qu’on peut chanter, alors je la conserve telle quelle ! Les gens viennent voir le morceau, et ils s’attendent à entendre ce solo avec sa mélodie, peut-être chanter dessus. Je n’ai pas le droit de les en priver !
Si c’est juste un solo où il n’y a rien de particulier, je vais plutôt improviser. Après, je suis coupable là dessus : sur les solos que j’ai composés, je n’improvise pas, je cherche à les faire le plus fidèlement possible, même si la plupart du temps, l’enregistrement de base était une impro !
Les solos de Sons of Apollo [petit cri interne de fanboy de mon côté] me donnent du fil à retordre, j’ai des fois du mal à retrouver ce que j’avais fait pour pouvoir les apprendre ! »
Et là, petite stupeur, il commence à désaccorder sa guitare (côté fretless, il baisse de quelques demis tons la corde grave). Est-ce que… eh bien oui. Il commence à jouer Signs of the Time. Mes amis, je crois bien qu’on a eu la première avant première du morceau.
Il a beau être tout seul, assis, ça envoie du lourd. Décidément, les lives vont être démentiels. Ça groove, je ne peux pas m’empêcher de jouer sur mes genoux les parties de batterie que j’ai retenues. J’espère ne pas avoir dérangé mes voisins.
Pour le solo, il fait régulièrement de courtes pauses où il explique très brièvement chaque partie. Je suis soufflé par la quantité de changements de réglages sur la guitare durant ce solo. Volume, pickups… tout y passe.
Pour un endroit, pause plus longue pour une explication plus en profondeur : avec le bend qu’il fait, l’harmonique d’une des deux notes va en se rapprochant de la fondamentale de l’autre. Par le même principe que celui où l’on accorde sa guitare, cela fait des vibrations qui ralentissent de plus en plus. Or, qu’est-ce que des vibrations qui ralentissent ? Une note qui baisse (comme expliqué bien plus tôt)! On entend donc trois notes si on tend bien l’oreille : la note qu’il tient, le bend qui monte, et le clash des harmoniques qui descend.
Juste après cet effet, il utilise l’effet inverse ! Il fait remonter la note causée par le clash des fréquences en relâchant le bend.

[c’est dur à entendre avec tout les autres instruments, mais c’est présent !]
Ce solo utilise toutes les techniques évoquées dans ce cours, c’était décidemment très intéressant à regarder, surtout avec les commentaires du compositeur !

« Pour la vidéo de Coming Home, est-ce que c’est une vidéo de l’enregistrement, ou est-ce du playback ? Je n’arrive pas déterminer ! »
« C’est l’endroit où nous avons enregistré, mais ça a été filmé après que le morceau ait été enregistré. »
« Ok, je ne voyais pas de différence entre ce que j’entendais et ce que je voyais, donc je me posais quand même la question ! »
« J’ai bien fait attention à jouer la même chose que sur l’enregistrement ! »
Et il commence à jouer Coming Home ! On aura même droit aux deuxièmes voix, toutes les petites interventions guitaristiques présentes sur le single le seront aussi en live (« punaise, ce changement de manche est dur ! » – je veux bien te croire, j’ai été obligé de mettre youtube au ralenti pour pouvoir te voir faire). Il s’arrêtera juste après son solo. Quelques passages avaient une demi seconde de flottement entre deux plans car
il ne se rapelle pas encore parfaitement de tout le solo (c’était déjà pareil pour Signs of the Time), il nous précise donc : « Ça sera prêt pour la tourné, pas d’inquiètude ! ».

« Toujours sur Sons of Apollo, j’ai vu un détail qui m’a marqué, à la fin, tu utilises ton front pour poser le médiator… »
Je n’ai pas besoin de poursuivre plus qu’il a déjà collé son médiator à son front. Il nous explique que les fronts ont été inventés pour poser les médiators dessus. Sans quoi nous n’aurions pas de fronts.
Il nous joue le final de Coming Home pour montrer l’utilisation en direct de cette technique novatrice. « Il faut ceci dit que le front soit graisseux pour que ça marche ».

Après vérification de l’heure, il nous joue un dernier morceau, puis fin de la masterclass.

Commence alors la ruée vers les signatures et les photos.
Il y a deux possibilités dans ce genre de situations : soit l’artiste est pressé, auquel cas il faut impérativement passer parmi les premiers, sinon il part avant d’avoir eu le temps de nous parler, c’est ce qui m’étais arrivé après le concert de Mike Portnoy pour The Shattered Fortress à Paris le 1er Juillet 2017, soit l’artiste semble avoir un peu plus de temps, auquel cas il est intéressant de se mettre en fin de file, pour ne pas être pressé par les personnes qui arrivent derrière. C’était cette seconde option que j’ai choisie.
Quelqu’un lui avait demandé plus tôt s’il pouvait récupérer son médiator : « Oui, mais à chaque fois que je rencontre des gens, on me récupère le médiator que j’ai utilisé, donc j’en demande un en échange, sinon je n’en aurais plus ! »
Ça m’a donné une idée : j’ai voulu briser les règles établies, où le membre du public récupère un médiator et demande à le faire signer. J’ai donc dédicacé un médiator que je lui ai offert !
J’ai pu faire dédicacer mon mélodica, ainsi que le poster (déjà dédicacé par Mike Portnoy et Derek Sherinian) qui sera à gagner lors d’un prochain concours !

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Tandis qu’un gentil membre du public prenait quelques photos pour moi, j’ai pu suggérer l’idée de sortir les albums de Sons of Apollo en version pistes isolées, pour qu’on puisse écouter chaque instrument séparément, peut-être l’idée fera-t-elle son chemin jusqu’au label ?

Je lui ai demandé par la suite via facebook la liste des morceaux joués, ainsi que ce que j’avais pensé de la masterclass et de son ambitus vocal, telle fut sa réponse :
« BONJOUR! I did Guitars Suck, Guitars Still Suck, Abnormal, Little Brother Is Watching…. ahhh, and the verses to the song ‘Hangup’ 🙂
Thanks so much 🙂 I think we sang 6 octaves of an A note, wacky! 😀 »

Vers 22h je sors de la salle, et vais manger au burger king de Chambray-les-Tours, que je quitte vers 23h pour conduire jusqu’à 7h30. À 46 km de mon appartement à Grenoble, je m’endors dans ma voiture (dans un parking, rassurez-vous) le temps que les bouchons se résorbent. Après une heure de sieste, je fais la fin du trajet, j’arrive chez moi à 10h et quelques.
C’est ainsi que s’achève le périple Ron Thal !

 

Un énorme remerciement à Tous En Scène (http://www.tousenscene.com/) pour l’organisation de cette masterclass et à Ron Thal pour sa disponibilité et sa générosité.

Article : Jojo

Relecture et mise en page : The Keyboard Wizard

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  1. Jonathan Lusteau dit :

    Dingue. Comment tu as fait pour pouvoir te souvenir de toutes ces anecdotes .. Tu as une mémoire de dingue, je suis incapable de faire la moitié de ce que tu s fait. Je voulais aussi le voir à Tours, mais ça me faisait cher, et la dernière fois que j’ai vu une de mes idoles (mattias eklundh) c’est mon pote qui a parlé pour moi tellement j’étais estomaqué de l’avoir en face de moi … Belle histoire en tout cas ^^

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