[Interview] Mike Portnoy et Derek Sherinian

Cette interview est vraiment un coup du sort. Pour la petite histoire, après l’annonce du groupe, Your Majesty a entrepris de contacter Inside Out pour voir si quelque chose était possible. Un mois après toujours pas de réponse puis le miracle arriva grâce à Valérie de jmtconsulting, organisme responsable de la promotion des artistes Inside Out. Alors que nous n’attendions pas grand chose, voilà que Valérie nous propose de rencontrer Derek et Mike sur Paris. On n’a pas hésité longtemps (en fait on n’a pas hésité du tout) pour dire oui. Donc un grand grand merci à Valérie pour cette opportunité géniale.

Mention spéciale à Jojo (sur la photo), notre deuxième interviewer qui n’a pas hésité à : acheter une caméra pour l’occasion (la prochaine fois il faudra lui expliquer qu’il faut appuyer sur le bouton pour que ça enregistre….heureusement qu’on avait une autre caméra) et à passer deux nuits dans un ouibus et traîner 8h dans Paris (bon ça lui aura permis d’acheter un nouveau chapeau, aller chez le coiffeur, composer un morceau et puis trouver un petit cadeau qu’on vous fera gagner).

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Pour vous raconter les coulisses, on arrive quelques minutes à l’endroit de l’interview et comme on est en avance, Valérie nous fait rentrer et nous fait rencontrer Derek (Mike profitant de sa pause pour aller dans un endroit où nous ne le suivrons pas). L’interview a été géniale, dans une ambiance plus que détendue. 25 minutes, c’est trop court surtout lorsque Mike et Derek racontent vannes sur vannes. Nous n’avons donc pu poser que 7 questions mais qui, je l’espère, répondront à vos attentes. A noter que nous étions le seul média qui n’avait pas écouté l’album. Cela donne des questions du point de vue des fans et non de la presse et comme d’habitude, nous avons posé quelques questions que vous nous aviez soumises, c’est notre façon de vous faire participer un peu à l’interview. Vous trouverez la vidéo en fin d’interview, si vous voulez voir les compères en action. Nous avons pris le parti d’éditer la vidéo pour se concentre sur les faits. Les délires font partie d’autres vidéos disponibles dans cette interview également.

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Avez-vous composé l’album grâce à des riffs entièrement nouveaux ou grâce à des démos déjà créées?

Derek : un peu des deux. On a commencé avec des idées, des riffs comme point de départ. On les a envoyés à Mike qui les a écoutés en tournée puis les a recensés pour enfin choisir ceux qu’il aimait le plus.

Mike : Et une fois réunis, avec Derek et Ron, les idées ont fusées. Exactement comme un vin français…

Derek : …comme un grand cru bordelais!

Mike : Ce fut vraiment très simple. Il y avait déjà une alchimie entre Derek et moi ou alors entre Ron et moi. On n’avait certes jamais vraiment écrit ensemble mais on avait déjà joué. En tout cas, ça a rapidement bien fonctionné. On a pris des choses qui existaient déjà et on a improvisé dessus, on les a développées. La seule exception est God of the Sun, un morceau que Derek avait déjà finalisé. Il nous la amené sur un plateau et on s’est dit que ce n’était pas la peine de le modifier.

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Et vous avez utilisé des idées qui dataient de l’époque où Mike et Derek faisaient partie de Dream Theater?

Mike : Pas du tout, mais c’est drôle que tu poses cette question car après avoir finalisé l’album, j’étais en tournée avec The Shattered Fortress et sur le trajet vers le festival Night of the Prog, dans le van avec Haken, je leur ai joué la démo de Metropolis pt 2. Premièrement ils étaient vraiment surpris de voir à quel point Metropolis pt 2 était déjà avancé lorsque tu (Derek) faisais partie du groupe. D’ailleurs si on écoute attentivement cette démo, on peut voir que des morceaux comme Overture, Strange Deja Vu, quelques passages de The Dance of Eternity et One Last Time étaient déjà bien avancés. Bref pour revenir à ce que je voulais dire, on a été également surpris de voir le nombre d’idées qui n’avaient pas été développées. Je me suis dit : tiens on aurait du ressortir des riffs et des passages pour les incorporer dans l’album pour que les vrais fans puissent s’en rendre compte. On devrait faire ça un jour.

Comment a été créé la pochette? Était-ce fait exprès de vous mettre en avant?

Mike : pour tout vous dire, je bossais avec Thomas Everhard qui fait pas mal de pochettes pour le label Inside Out. D’ailleurs il a travaillé avec Derek pour les pochettes de ses albums solo. Je voulais qu’il fasse un symbole ou un logo pour le groupe et il m’a proposé de mettre deux lions. J’ai montré l’image à Derek et il a proposé qu’on remplace un des lions par un aigle. C’était vraiment une bonne idée car cela montre qu’il y a deux fortes personnalités. Mais pour être franc, lorsque Thomas m’a présenté l’image, je n’avais pas l’intention de nous mettre, moi et Derek, en premier plan. Ce n’était pas l’idée de départ mais au final je trouve ça pas mal de l’avoir modifié pour nous représenter. Mais c’est vraiment Derek qui m’a suggérer de mettre un aigle.

Derek : je trouvais ça bien d’avoir deux personnalités mais c’est aussi un hommage aux armoiries de l’Arménie : il y a aussi un lion et un aigle mais qui se tournent le dos.

Pourquoi avoir créé un groupe de prog metal et non de prog rock ou de classic rock?

Mike : pour moi la réponse est facile…

Derek : …si c’était autre chose, je n’y aurais pas participé (rires)

Mike : moi j’ai déjà des groupes de prog rock classiques : Transatlantic est, je pense, un groupe de classic prog rock, ce que je fais avec The Neal Morse Band également. J’ai aussi un groupe de prog rock alternatif avec Flying Colors, un groupe de classic rock avec The Winery Dogs, un groupe de metal avec Metal Allegiance. Ce sont des genres de musique que j’ai voulu jouer après être parti de Dream Theater, pour explorer ce monde composé de mes différentes influences. Je suis un peu revenu sur mes terres d’origine en créant Sons of Apollo. J’ai voulu rejouer un style de musique que j’ai fait pendant 25 ans avec Dream Theater…

Derek : un style qu’il a inventé!! (rires)

Mike : (rires) Merci! Mais je ne voulais pas faire un pur groupe de « prog metal » juste après Dream Theater parce que c’est ce que j’avais fait pendant 25 ans donc je voulais faire d’autres choses. Mais après avoir fait PSMS avec Derek, il m’a poussé à créer un groupe à temps plein mais je n’étais pas prêt, ce n’était pas le bon moment et je voulais m’éloigner un peu de ce genre de musique. Mais les concerts de The Shattered Fortress m’ont donné vraiment envie de revenir à ce genre de style. Ces concerts m’ont permis ainsi que pour les fans de clore ce chapitre de ma vie et d’en commencer un autre. Mais je ne pense pas que ce soit uniquement un groupe de prog metal. On a commencé à écrire l’album en se disant que ça allait être la direction naturelle, qu’on allait suivre le chemin qu’on avait pris il y a 20 ans avec Dream Theater mais au final ça part tellement vers d’autres styles. La guitare de Ron nous emmène vers des sonorités plus modernes et le chant de Jeff nous emmène plus vers du rock plus classique. On est vraiment au delà du metal progressif…

Derek : …on va redéfinir le genre.

Mike : une fois que vous aurez écouté l’album, vous comprendrez ce qu’on veut dire. Je sais que les fans s’attendent à un album proche de ce qu’on faisait avec Dream Theater mais on est parti tellement loin.

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Comment ça se passe en studio quand vous composez avec des signatures rythmiques asymétriques? Ça se fait naturellement ou est-ce que quelqu’un crie « on fait du 5/8 »!

Derek : Moi, déjà, je n’arrive pas à compter. Ron, lui, est super fort à ce jeu là, il réfléchit et nous sort c’est du 15/16…Moi je le fais juste au ressenti. Mais je sais que des mecs comme Mike peuvent le faire.

Mike : Je peux compter et je connais toutes les signatures rythmiques complètement folles de The Dance of Eternity par exemple car c’est moi qui les ai créées. Elles font partie de moi, je connais ce genre de trucs mais bon, si jamais ça sonne faux, on ne va pas en faire. Jamais je n’ai dit : « ouah on devrait jouer un truc qui fait 7, 9, 5, 3, 7 et 5 car ça fait joli. Si on joue ce genre de mesures et que ça rend bien et que ça s’intègre bien dans le morceau, on le fait. Il y a certains passages dans cet album, comme l’instrumental Opus Maximus qui clôt l’album où, pendant 10min, on peut trouver ces changements rythmiques complètement fous. Mais on n’a jamais décidé de compter en premier, on a d’abord joué sans compter. Et heureusement pour nous, Derek et moi-même, et d’ailleurs Ron et Billy aussi sont capables de maitriser ce genre de trucs.

Pourriez-vous nous décrire les morceaux de l’album?

God of the Sun

Derek : c’est une trilogie, d’une durée de 11 minutes et 11 secondes. Elle ouvre l’album et elle inclut beaucoup de styles musicaux…

TKW : d’ailleurs vous avez déclaré que c’était votre morceau préféré

Derek : en fait j’aime tous les morceaux mais God of the Sun est un plus spécial car c’est le seul morceau dont je suis l’unique compositeur mais…

Mike : c’est un super morceau d’ouverture, il me rappelle un peu Lines in the Sand dans sa façon de démarrer avec une intro au clavier. On a des touches de Sitar. En fait c’est un voyage qui vous amène dans différents endroits. Ce morceau me rappelle Metropolis et Lines in the Sand.

Coming Home

Mike : Il sera disponible ce Vendredi (ndt : l’interview a eu lieu le 13 septembre) en vidéo.

Derek : On l’appelle de façon non officielle, le « thème de Mike Portnoy ». Il revient chez lui (Coming home en anglais) pour reprendre le trône du genre qu’il a créé. On voulait donc qu’au niveau des paroles, cela représente cet état d’esprit…

TKW : un peu comme la chanson Theater of Dreams de Bigelf…

Mike : cette chanson est différente car Damian l’a écrite pour moi alors que pour Coming Home, nous l’avons écrite. Pour être franc avec vous, lorsque vous l’écouterez Vendredi, vous verrez que c’est une chanson plus directe, plus rentre dedans. C’est pour ça qu’on a d’abord sorti Signs of the Time afin que les gens entendent un morceau plus varié. Mais je me suis toujours dit que Coming Home devait être le premier vrai single avec un clip. Ce morceau est un peu l’entrée par la grande porte, « un feu qui viendrait s’allumer sous la pluie ».

Signs of the Time

Mike : on l’a dévoilé en premier pour que les gens aient un aperçu du groupe. On y trouve de tout : des riffs lourds, un refrain accrocheur, des soli. C’était vraiment un bon aperçu de tout ce dont le groupe est capable de faire.

Labyrinth

Mike : c’est l’un des epics de l’album. Il dure environ 10 minutes. Pour moi, c’est l’epic le plus prog de l’album. Il part dans tous les sens et ça fait très Dream Theater dans le sens où ce morceau me rappelle la façon dont on composait avec DT…

Derek : mais c’est plus sexy que DT. Quand vous écoutez les couplets, ça fait très Led Zeppelin ce qui rend le tout assez sexuel.

Mike : exact, je ne voulais pas dire que le morceau sonnait comme du Dream Theater, je faisais plus référence au côté epic progressif. Il y a des jours où c’est mon morceau préféré.

Alive

Mike : Alive pour moi représente le single par excellence. C’est une power ballad et Jeff déchire tout. Le refrain est accrocheur, le solo de guitare est énorme : du genre Jeff Beck qui rencontrerait David Gilmour. On sortira un clip probablement au début de l’année 2018, une fois en tournée.

Lost in Oblivion

Mike : Ce morceau comporte un riff que Ron nous a proposé et qu’il a appelé « Rushuggah » : à moitié Rush et à moitié Meshuggah. C’est un morceau très très agressif. Il y a une partie où la guitare et la basse jouent à l’unisson avec des parties rapides à la double grosse caisse, un break à la batterie complètement fou avec des signatures rythmiques de malade. C’est vraiment un morceau rapide et rentre dedans. On a également tourné une vidéo pour cette chanson. On la dévoilera surement le 20 Octobre, le jour de la sortie de l’album.

Figaro’s Whore

Derek : c’est vraiment l’intro du morceau suivant. Il fait très Deep Purple période Jon Lord avec de l’orgue B3. C’est l’entrée en matière de Derek.

Divine Addiction

Mike : C’est une chanson assez directe que Derek a proposé.

Derek : c’est un peu comme si Deep Purple rencontrait Rainbow.

Mike : ça fait très égyptien, on a même des vraies cordes sur ce morceau.

Opus Maximus

Mike : comme je l’ai déjà dit, c’est un instrumental de 10min. On a tout mis dedans.

Derek : on l’a écrit directement, section par section. C’était vraiment énorme.

Mike : c’est une épreuve de force pour nous quatre : Ron, Derek, Billy et moi-même. Pour moi, on a vraiment mis la barre très haute au niveau instrumental progressif. On dirait La Villa Strangiato du troisième millénaire.

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Comment comptes-tu gérer le groupe Mike? Derek nous a dit que c’est toi qui allait t’occuper de la setlist, as-tu déjà une idée de ce que vous allez jouer?

Mike : honnêtement, je vais gérer ce groupe comme Dream Theater. Après avoir quitté DT, chaque groupe auquel j’ai participé, que ce soit Flying Colors, Metal Allegiance ou The Winery Dogs, était géré de façon collaborative. On prenait chaque décision ensemble, ce qui est bien je l’avoue. J’aimais bien travailler comme cela…jusqu’au jour où j’ai été bombardé d’emails : chaque jour je me réveillais avec 200 mails pour chaque décision. J’ai cru devenir fou au bout d’un moment. Donc lorsque Derek est venu me voir l’année dernière et qu’on a commencé à discuter du groupe, je lui ai dit que pour que ça marche, il fallait que je gère le groupe comme avec Dream Theater. Je devais tout gérer, avoir une vision globale, diriger le groupe, prendre les décisions, créer les setlists, s’occuper des produits dérivés… sans avoir besoin d’avoir l’approbation des autres membres. Derek a été très compréhensif là dessus. J’en ai parlé à Billy, Bumblefoot et Jeff et ils me soutiennent complètement. Comme avec Dream Theater, on a écrit la musique de façon collaborative. Avec Derek on a produit l’album comme on l’avait fait avec John Petrucci à l’époque de DT. On écrit la musique de la même façon qu’on le faisait avec John et Jordan. Mais une fois l’album composé, il était temps pour moi de m’occuper du reste, que ce soit la setlist, les produits dérivés.

Pour revenir à l’autre question, à savoir si je me suis déjà penché sur la setlist? Bien sûr, c’est évident que lorsqu’on fonde un groupe et qu’on a qu’un album, il faut aller chercher ailleurs pour créer la setlist. C’est inévitable qu’on va aller piocher d’anciens morceaux de Dream Theater et des reprises. Mais une fois cette première tournée passée et le deuxième album composé, on ne jouera que des morceaux de Sons of Apollo.

Interview, traduction : The Keyboard Wizard

Interview : Joachim

Vidéo : Stéphane Aguilera

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