[Chronique] Dream Theater The Astonishing : les impressions de Wizard

Dream Theater The Astonishing : impressions. (par Wizard)

 

DT-header Dream Theater était attendu de pied ferme, après le pâle album Dream Theater, paru en 2013. De plus, le fait que le groupe communique peu sur son prochain opus était inhabituel, et préfigurait sans doute une réalisation d’envergure. C’est donc avec beaucoup d’intérêt, mais aussi de l’appréhension, que j’écoute pour la première fois The Astonishing, ce 29 janvier 2016, jour de la sortie de l’album.

           The Astonishing est une œuvre ambitieuse, sous la forme d’un opéra rock, qui raconte une histoire, et dont la musique et les paroles sont indissociables. Je ne reviendrai pas sur l’analyse de la musique et de l’histoire, déjà évoquées dans de précédents articles.

            Ce qui frappe, lors de la première écoute, c’est le foisonnement de l’écriture, proposée sur cet opus, et, d’un point de vue sonore, le groupe va dans tant de directions, qu’à la fin de cette première écoute, on est désarçonné, et on ne sait trop quoi penser de cette nouvelle réalisation.

            « Dystopian Overture » nous présente beaucoup de thèmes, qui seront développés tout au long de l’album, et qui s’enchaînent à merveille, grâce à un jeu subtil de modulations, employé par les musiciens, modulations qui seront l’un des fils conducteurs de l’album, afin de servir les splendides mélodies des morceaux, et à décliner des thèmes musicaux, associés à chacun des personnages de l’histoire. Contrairement à l’album Dream Theater, les mélodies sont bien amenées, la mise en musique de l’histoire est remarquable et les morceaux, même s’ils sont plus courts qu’à l’accoutumée, sont efficaces. Le groupe ose une prise de risques, de par les moyens mis en œuvre, pour la réalisation de cet album (orchestre philarmonique et chœurs), et des approches musicales, jamais abordées jusqu’alors (tango sur « Lord Nafaryus », jazz honkey’tonk et new-orleans sur « Three Days » et cornemuse sur « The X Aspect ».) 

  Parmi les grands moments du disque, je citerai « Dystopian Overture », le refrain entêtant de « A Better Life », « Lord Nafaryus », pour sa mélodie vocale, d’une rapidité inhabituelle chez Dream Theater, « Three Days », pour ses multiples ruptures de tempo et sa folie harmonique dans le pont  instrumental, « Brother Can You Hear Me », qui recèle LA mélodie imparable de l’album, même si celle-ci peut paraître évidente, « Ravenskill », le meilleur morceau du premier disque, grâce à la richesse de ses mélodies vocales et à ses changement d’atmosphères musicales, « A Tempting Offer », avec ses harmonies décalées, entre la section guitare-basse-batterie et le piano, « A New Beginning », qui nous offre un des plus beaux solo de John Petrucci, « The Road to Revolution », avec ses suites d’accords fantastiques et sa somptueuse coda, « Moment of Betrayal » et son fabuleux pont instrumental, « Heaven’s Cove », avec sa magnifique introduction à la guitare acoustique, et dont trois notes descendantes ne sont pas sans rappeler celles exécutées dans la seconde partie de « Hedwig’s Theme », de John Williams, même si le rythme de ces notes n’est pas tout à fait le même dans « Heaven’s Cove ». De plus, après les paroles « As the pivotal moment draws closer », les chromatismes ascendants et descendants évoquent le thème principal des films de James Bond.

            Citons encore « Begin Again », qui amène un splendide duo piano-guitare, rappelant les grandes heures de Liquid Tension Experiment, avec « State of Grace », « The Path That Divides », avec sa montée en puissance magistrale. « The Walking Shadow » est un autre morceau de bravoure du disque. Après le rappel du thème musical de Faythe, sa seconde partie, d’une rare intensité, est particulièrement réussie, car tout marche ensemble : la musique, avec ses mesures asymétriques et ses changements de tempo complètement fous, et la mélodie vocale, qui suit tout cela, avec une précision incroyable, pour traduire la montée dramatique, à ce moment de l’histoire. Ce procédé me rappelle une scène du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, au moment où se prépare un duel. Là aussi, tout est d’une synchronisation remarquable : le rythme de la musique, qui monte en puissance, la voix inquiétante du narrateur et le rythme sobre de l’image. « My Last Farewell » et « Whispers in The Wind » sont très émouvants, grâce à la force de leurs mélodies vocales. « Astonishing » conclut magistralement cet album concept. Même si certains thèmes sont repris, le travail d’arrangements est somptueux, en particulier dans la partie où intervient l’esprit d’Ahrys, et dans laquelle on distingue des lignes inversées : les notes de la mélodie vocale descendent, tandis que l’orchestre les accompagne avec des chromatismes ascendants, ce qui rend cette partie de toute beauté. A partir des paroles « People, can you hear us ? », la fin du morceau monte en puissance, ce qui la rend poignante. 

            Même si le premier disque regorge de ballades, cela n’est pas gênant, car elles s’intègrent totalement dans l’histoire, et font de The Astonishing l’un des disques les plus émouvants du groupe, en particulier « Act of Faythe », avec sa superbe introduction de cordes et sa belle mélodie au piano, même si cela se ramollit quelque peu, à partir des paroles « My music player », « Ravenskill » et « Begin again ». Certains morceaux, comme « Chosen », « The X aspect » et « Our new world », me sont apparus ennuyeux, à l’écoute de l’album, mais ils prennent une toute autre dimension, lorsqu’on les écoute en live, en étant immergé dans l’histoire. Le seul morceau, auquel je n’adhère pas, est « Hymn of A Thousand Voices », même si, à partir des paroles « Glorious sound », il devient intéressant, mais sans atteindre des sommets, contrairement à d’autres titres cités précédemment.

            Les cinq musiciens sont totalement impliqués dans ce disque. Même si Jordan Rudess et John Petrucci sont les deux compositeurs de cette œuvre, et si le piano et la guitare y jouent un rôle prépondérant, les trois autres musiciens ne font pas de la figuration. Si le son de Mike Mangini reste plastique sur le disque, et si son jeu peut paraître robotique, cet homme fait un travail remarquable, pour accompagner le reste du groupe, de par ses incroyables capacités techniques, et, pour la première fois, dans le second couplet et la conclusion instrumentale de « Moment of Betrayal », il ose jouer à contre-courant du reste du groupe. Il faut aussi souligner le travail de John Myung, remarquable de précision, sachant alterner les lignes de basse avec peu de notes, mais qui sonnent juste, et avec des silences, pour laisser l’espace au reste du groupe, comme dans l’introduction de « The Gift of Music », et les riffs tranchants, comme dans « The Walking Shadow », en particulier après les paroles « Who’s this I see, approching me, The chosen one ». James LaBrie nous montre toute l’étendue de sa palette vocale, incarnant à merveille tous les personnages, et on se rend compte à quel point le chant est exigeant dans cet album. Enfin, les arrangements pour orchestre et chœurs de David Campbell sont fantastiques et mettent encore davantage la musique en valeur.

            Après trente ans d’existence, je ne pensais plus le groupe capable d’une telle prouesse musicale. Après la première écoute, j’ai eu immédiatement envie de m’y replonger, étant certain de n’avoir pas tout compris, tant cette œuvre est complexe, sensation que je n’avais pas ressentie depuis Six Degrees of Inner Turbulence. Si The Astonishing est peut-être la dernière grande œuvre de Dream Theater, le groupe étant plus proche de sa fin de carrière que du début, ses membres peuvent en être fiers.

                                                 Sébastien « Wizard » Braud

 

            PS : UN GRAND MERCI à Lutinmyung et The Keyboard Wizard, pour avoir traduit l’histoire, et à Oliv, pour les paroles, ce qui m’a permis de beaucoup mieux appréhender cette dernière.

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